Bégard : voyage au cœur d’un patrimoine breton insoupçonné

18/11/2025

Un berceau aux racines monastiques

Située dans le Trégor costarmoricain, Bégard est souvent traversée… mais rarement explorée comme elle le mérite. Pourtant, la commune abrite des trésors d’histoire, dont les fondations plongent leurs racines au fil des siècles, bien avant que le bourg actuel ne prenne forme.

Bégard (Beg-Ar) signifie “la pointe” ou “le sommet” en breton, une référence à sa position sur les hauteurs entre plusieurs vallées. Fondée autour d’une abbaye cistercienne dès 1130, la commune va connaître une destinée étroitement liée à la présence monastique. L'abbaye de Bégard est d’ailleurs l'une des toutes premières possessions bretonnes de l’ordre de Cîteaux.

Quelques dates clés :

  • 1130 : Fondation de l’abbaye de Notre-Dame de Bégard par l’ordre de Cîteaux, à l’initiative d’Alain de Penthièvre.
  • XIVe siècle : Développement du bourg lié à l’activité monacale et à l’artisanat.
  • 1790 : Suppression de l’abbaye lors de la Révolution française, les biens sont vendus comme biens nationaux.
  • 1830-1840 : Construction de la mairie et des écoles sur les terrains de l’ancienne abbaye.

Peu d’édifices conventuels ont traversé les siècles, mais il subsiste quelques vestiges intégrés aujourd’hui au foyer de vie de l’ADAPEI (notamment la porterie, remaniée, et le chemin de croix de la chapelle).

Source : Base Mérimée, Ministère de la Culture

Un patrimoine religieux discret, mais singulier

L’église Sainte-Pétronille

À quelques pas de la place centrale, l’église Sainte-Pétronille étonne par son architecture composite : reconstruite à la fin du XIX siècle, elle réunit le savoir-faire local (pierre de Loguivy, clocheton typique) et des éléments plus anciens hérités de la tradition trégorroise.

  • Statues polychromes du XVIII siècle
  • Chaire monumentale de style néogothique
  • Vitraux réalisés par le maître-verrier Charles Champigneulle, célèbre pour ses vitraux de la Sainte-Chapelle à Paris

L'église abrite également une relique précieuse : un fragment réputé de la Sainte Croix, mentionné dans les archives du patrimoine diocésain.

Les chapelles rurales du pays bégarrois

Le finage de la commune recèle plusieurs chapelles discrètes, souvent nichées dans des écrins de verdure :

  • Chapelle de Notre-Dame de Lorette (XVII siècle), restaurée grâce à une association locale dynamique ;
  • Chapelle Saint-Urlo, où a lieu chaque année un pardon très suivi, perpétuant les rites d’antan.

Ces chapelles sont souvent le théâtre de fêtes de quartier et de rassemblements, reflets vivants d’une tradition religieuse profondément ancrée.

Pour plus d’informations sur les chapelles et pardons du Trégor : Association des Amis des Chapelles du Trégor.

L’empreinte paysanne et le bâti traditionnel

Au-delà de son rôle ecclésiastique, Bégard doit énormément à l'agriculture, au fil de son histoire. Le territoire s’affirme comme un carrefour de petits commerces, de foires et de marchés grâce à ses terres fertiles et à la convivialité de ses habitants. Dès le XVIII siècle, le bourg de Bégard héberge plusieurs foires annuelles, dont celle dite « de la Saint-Michel », qui rassemble éleveurs et artisans venus de tout le Trégor.

  • 1830 : ouverture de la première foire à bestiaux officielle (source : Archives départementales des Côtes-d’Armor)
  • Des marchés hebdomadaires sont toujours organisés aujourd’hui sur la place principale

Le bâti rural, quant à lui, est marqué par :

  • Des maisons en pierre de taille du pays (grès armoricain et granite)
  • Des dépendances agricoles couvertes d’ardoises ou de chaume
  • Des croix de chemin (près de 17 référencées à ce jour, principalement du XVI au XIX siècle, Source : Bretania Culture)

Si tu parcours le village à pied ou à vélo, attarde-toi sur les anciennes maisons de tisserands du centre ancien, véritables témoignages de la proto-industrie textile bégarroise au XIX siècle.

Chemins creux et patrimoine naturel : une identité paysagère forte

Impossible d’évoquer Bégard sans parler de ses chemins creux, véritables venelles serpentant entre talus, prairies et petits bois. Hérités d’anciens itinéraires agricoles et monastiques, ils dessinent encore aujourd'hui un maillage pittoresque.

  • Plus de 55 kilomètres de chemins entretenus par la commune pour la randonnée
  • Création en 1998 d’un « circuit des patrimoines » mettant en valeur les éléments notables du territoire (RandoBreizh).

La commune s’enorgueillit également de sa proximité avec les vallées du Jaudy et du Guindy, régions Natura 2000 abritant une biodiversité rare (loutres, chiroptères, orchidées sauvages).

  • Plus de 75 espèces d’oiseaux recensées selon la LPO Bretagne
  • Pépinières classées et arbres remarquables (dont le chêne de Locmaria, estimé à plus de 300 ans !)

Bégard est également un point de départ idéal pour explorer la Forêt de Coat-an-Noz, autrefois domaine des moines et aujourd’hui refuge pour promeneurs, vététistes et passionnés de champignons.

Des lieux de mémoire et d’innovation sociale

L’après Seconde Guerre mondiale marque un tournant : l’esprit communautaire s’incarne dans de nouveaux projets autour du sport, de l’accueil et de l’entraide. Deux exemples emblématiques :

  • Le stade Yves Meudal, construit dans les années 1960, qui accueille aujourd’hui le Bégard Football Club et plusieurs tournois régionaux.
  • Le Foyer de Vie de l’ADAPEI, installé sur les anciens terrains monastiques, devenu pionnier breton dans l’accueil des personnes en situation de handicap dès 1955.

Bégard s’illustre aussi par son engagement dans les tiers-lieux et l’innovation rurale : la médiathèque La Clairière (ouverte en 2017), fait figure de modèle d’accès à la culture en territoire rural, proposant résidences d’artistes, ateliers numériques et espace d'expression bretonnante.

Personnalités et anecdotes locales

  • Léon Le Jan (1862-1940) : maire de la commune, philanthrope et défenseur de l’agriculture coopérative ;
  • Un passage du général de Gaulle en 1961, saluant la modernité de l’école publique ;
  • Curiosité familiale : c’est à Bégard que « La Symphonie en Trégor » a été composée en 1992, par des habitants réunis lors d’ateliers collectifs, aujourd’hui encore jouée lors des fêtes communales.

Vivre le patrimoine, aujourd’hui et demain

Le patrimoine de Bégard, loin de n’être qu’un décor, est porteur d’histoires présentes et à venir. L’école Diwan bégarroise, créée en 1985, illustre par exemple le renouveau de la langue bretonne dans la commune. Chaque année, fêtes rurales, scènes de musique traditionnelle et projets de valorisation patrimoniale tissent une connexion concrète entre habitants et visiteurs.

  • Porte ouverte annuelle du patrimoine début septembre
  • Comité de jumelage actif avec la commune de Penkridge (Royaume-Uni)
  • Projets d’éco-tourisme et circuits vélos en développement continu

Pour explorer Bégard autrement, rien ne vaut une flânerie à travers ses villages (Keranroux, Coat-an-Ero), une pause gourmande sur les marchés ou une veillée contée autour d’un feu de la Saint-Jean. Ici, l’histoire se partage à cœur ouvert, dans le geste quotidien, l’accent des gens du pays et la générosité de la terre.

Envie de poursuivre la découverte ou de préparer votre prochaine balade ? Cartographies des chemins, guides du patrimoine et infos pratiques sont disponibles en mairie ou auprès de l’Office de Tourisme du Pays de Bégard.

Sources : Archives départementales des Côtes-d’Armor, Base Mérimée (Ministère de la Culture), Association des Amis des Chapelles du Trégor, Bretagne Culture Diversité, RandoBreizh, LPO Bretagne, Ville de Bégard, témoignages locaux.

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