Sur les traces de l’histoire : les grands moments qui ont façonné le Pays de Bégard

30/08/2025

Les origines du pays bégarrois : du Moyen Âge à la formation du bourg

C’est au XI siècle qu’il faut chercher l’origine du nom “Bégard”, issu vraisemblablement du terme breton Beg ar (le bout du champ ou l’extrémité de l’aire). Mais c’est surtout la fondation d’une abbaye, au XII siècle, qui lance la petite ville sur l’échiquier régional. L’histoire de l’abbaye cistercienne de Bégard débute précisément en 1130, lorsque l’ordre de Cîteaux s’installe sur ces terres, profitant de la générosité de la famille de Penthièvre (source : Wikipedia, Abbaye de Bégard).

  • 1130 : L’abbaye cistercienne de Bégard est fondée, rapidement dotée de terres agricoles et de moulins. Elle devient un axe religieux et économique.
  • 1206 : L’abbaye abrite alors 70 moines, 200 convers et gère près de 800 hectares de terres.
  • Son influence se diffuse sur tout le Trégor et même au-delà, servant de modèle à d’autres sites religieux de la région. Elle participe activement au défrichement et à l’organisation paysagère du pays.

Si quelques ruines témoignent encore de cette saga cistercienne, l'abbaye fut démontée en grande partie à la Révolution. Mais c’est bien autour d’elle que le bourg actuel s’est structuré, le bourg ayant même longtemps porté le nom de “Villeneuve-la-Corderie” (source : InfoBretagne).

La Guerre de Succession de Bretagne : impacts et anecdotes locales

Entre 1341 et 1364, la Bretagne est secouée par une guerre de succession : la lutte entre les Montfort et les Penthièvre. Or, le Pays de Bégard se trouve alors sous l'influence directe des Penthièvre. Ce conflit sanglant, qui atteint son apogée lors de la célèbre bataille d’Auray (1364), n’est pas sans conséquence locale :

  • La région subit pillages et réquisitions : plusieurs villages, dont Kermoroc’h, sont témoins de passages de troupes.
  • Certains récits évoquent la fuite temporaire de communautés monastiques, le temps des affrontements, et la dissimulation de reliques dans les bois et chapelles alentours.
  • À l’issue du conflit, la reconstruction du pays s’effectue avec lenteur ; différentes “stèles de justice” dans le pays, datant du XIV siècle, pourraient témoigner de ces jugements rendus par l’abbaye (source : Musée du Trégor, Plouaret).

Églises, chapelles et pardons : la vigueur de la foi populaire

Du XVe au XVIII siècle, le tissu religieux du pays se densifie : pas moins de 10 chapelles sont construites entre Bégard, Saint-Laurent et ses hameaux proches, sans compter les multiples croix de chemins (France 3 Bretagne).

  • La chapelle Saint-Hervé (XVIIIe siècle) au sommet du Ménez Bré, est un haut lieu de pèlerinage. Le pardon de Saint-Hervé réunit encore, chaque dernier dimanche de juin, plusieurs centaines de personnes.
  • Le “grand pardon” de Bégard attirait jusqu’à 3 000 fidèles au XIX siècle, dans une ambiance festive et marchande.
  • Nombre de ces chapelles possèdent des retables polychromes et statues du XVIII siècle, vestiges de la ferveur locale et du savoir-faire des maîtres artisans du Trégor.

De la Révolution française au XIX siècle : mutations, résistances et naissance d’institutions locales

La période révolutionnaire bouleverse durablement la région. En 1790, l’abbaye cistercienne de Bégard est nationalisée puis en grande partie détruite. Elle abritera un temps une “maison d’arrêt” puis la première “École d’agriculture” du département en 1834 (Département Côtes-d’Armor).

  • Épisode marquant : Des “chouans”, royalistes en armes, affrontent à plusieurs reprises des groupes républicains sur le secteur de Guénézan et Pommerit-le-Vicomte, entre 1793 et 1796. Plusieurs combats sont attestés par les archives de la préfecture des Côtes-du-Nord (source : Archives départementales 22).
  • La nouvelle “municipalité de Bégard”, issue des lois de 1790, administre désormais l’espace communal, remplaçant l’autorité des moines.
  • Le collège agricole (fondé en 1834) devient un pilier du monde rural local : il contribue à moderniser l’agriculture, notamment en introduisant la luzerne et la pomme de terre sur près de 800 hectares de terres cultivées.

La vie rurale au XIX siècle : chemins de fer, foires et nouvelles solidarités

Avec l’arrivée du chemin de fer en 1887 (ligne Tréguier-Guingamp), le Pays de Bégard s’ouvre davantage : la première gare construit un pont entre tradition rurale et souffle de la modernité.

  • À la Belle Époque, le bourg accueille jusqu’à 4 foires annuelles : foire de la Saint-Michel, de printemps, Saint-Hervé et automne. La foire de la Saint-Michel faisait venir jusqu’à 2 500 personnes (paysans, colporteurs, maquignons...)
  • Création, à la fin du XIX siècle, de plusieurs “sociétés de secours mutuels” : ces mutuelles ouvrières/mutualistes, ancêtres de la Sécurité sociale, aident familles et cultivateurs du pays bégarrois.
  • La scolarisation progresse de façon visible : la première école publique de Bégard ouvre en 1882, marquant l’entrée du Trégor dans l’école républicaine (“lois Jules Ferry“).

Le XX siècle : Résistances et réinventions

La Première Guerre mondiale et l’éveil du patriotisme rural

Entre 1914 et 1918, le Pays de Bégard paie un lourd tribut, comme l’indiquent les monuments aux morts de Bégard, Saint-Laurent ou Kermoroc’h : plus de 200 soldats locaux ne reviendront jamais. Une photographie de la mairie (datant de 1920, Archives municipales) témoigne de l’organisation chaque 11 novembre d'un hommage poignant, tradition perpétuée de nos jours.

La Seconde Guerre mondiale : résistance, occupation et libération

  • Mai 1944 : le maquis du Trieux se replie dans les bois entre Squiffiec et Bégard, suite à l’opération “Scierie rouge”. Plusieurs Bégarrois participent à la résistance – dont le docteur Paul Rolland, qui ravitaille le maquis (Résistance Bretonne).
  • Des parachutages d’armes ont lieu dans les haies du pays, notamment en juin 1944 juste avant le Débarquement. Plusieurs caches sont restées intactes jusqu’aux années 1980, découvrant parfois des grenades ou munitions lors de travaux agricoles.
  • L’école agricole de Bégard accueille, durant l’été 1944, des réfugiés et des blessés de la Résistance locale.
  • Fin août 1944 : les premiers blindés américains traversent Kermoroc’h et Bégard : c’est la Libération, saluée par la population massée sur la place de la mairie (témoignages recueillis par la Société d’Histoire locale).

L’après-guerre : nouvelles identités et essor culturel

  • Dès 1962, création du collège François Clec’h, référence dans le Trégor pour l’enseignement agricole et général.
  • En 1975, le festival Celtique du Pays de Bégard rassemble musiciens, sonneurs, et grilleurs de saucisses pour célébrer culture bretonne et solidarité. Cet événement existe toujours sous diverses formes chaque été.
  • L’ouverture du Foyer Rural de Bégard en 1980 marque l’ancrage des initiatives associatives, avec ateliers de danse, tricot, musique et palets bretons.

Patrimoine vivant : traditions populaires, fêtes et transmission

Le Pays de Bégard, c’est aussi une histoire vécue au fil des anciens métiers – tisserands, tailleurs de pierre, sabotiers – et des rassemblements où se transmettent mémoire et convivialité.

  • Les Pardons : rendez-vous religieux mêlant procession, chants bretons et crêpes partagées le long des chemins, restent très suivis, signes d’une identité bien ancrée.
  • Chaque automne, la fête de la Pomme symbolise l’attachement à la terre et à la tradition cidricole, héritage du XIX siècle relancé par des associations de producteurs (source : Association “Vergers du Trégor“).
  • Des restaurations d’oratoires, croix et lavoirs témoignent d’un attachement profond au patrimoine rural ; les bénévoles locaux ont restauré depuis 1995 près de 16 croix et trois lavoirs.

Perspectives : une histoire toujours vivante

Des moines défricheurs aux résistants du XX siècle, des foires bouillonnantes aux pardons flamboyants, l’histoire du Pays de Bégard est un mélange d’élan collectif, de luttes et de fêtes partagées. Elle se lit aujourd’hui sur les pierres des chapelles, dans les traditions rurales, à travers les traces du maquis ou au creux d’un vieux pressoir à cidre. Chaque visite, chaque balade sur les sentiers, prolonge cette mémoire – preuve que l’histoire, ici, continue d’inspirer le quotidien.

 découvrez les parcours “Mémoire du Pays de Bégard” organisés annuellement, et la riche programmation du patrimoine local lors des Journées du Patrimoine (agenda disponible en mairie et sur begard.fr). Excellente découverte à chacun et chacune, à votre rythme, sur les traces d’un territoire qui ne cesse d’écrire son histoire.

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