Saint-Laurent : le charme singulier d’un village authentique à explorer dans le Pays de Bégard

30/11/2025

Une histoire discrète mais bien vivante

Saint-Laurent appartient à la communauté de communes de Guingamp-Paimpol Agglomération, et compte moins de 500 habitants (source : INSEE 2021). On y cultive une atmosphère de “ti bihan” (“petit chez-soi” en breton), où les traditions perdurent et les habitants surnomment encore la commune “Sant-Laorañs” en trégorrois. Le village, signalé sur les cartes anciennes dès le XVe siècle, prospérait jadis autour de l’exploitation agricole, de petits moulins, d’élevages et de la vie paroissiale. Son patrimoine en porte la mémoire, à commencer par la chapelle Saint-Laurent, cœur battant du hameau.

La chapelle Saint-Laurent : un bijou du XVe siècle

Au centre du bourg, la chapelle Saint-Laurent s’impose avec ses pierres blondes et son charmant enclos, typique des églises rurales du Trégor. Classée Monument Historique depuis 1926 (pop.culture.gouv.fr), elle fut édifiée à la toute fin du Moyen-Âge (XV siècle), mais connut plusieurs modifications au cours des siècles.

  • Son porche Sud : remarquable pour ses arcatures flamboyantes et un linteau orné de motifs de feuillages, témoin de la faveur gothique en Bretagne ;
  • Un retable XVIII en bois polychrome : d’une grande finesse, il représente la vie du saint protecteur, Laurent de Rome, et fait partie des meilleurs exemples d’art rocaille trégorrois.
  • Statues anciennes : Saint-Laurent en diacre (reconnaissable à la grille de son martyre), ainsi que Sainte-Barbe, protectrice contre la foudre, adorée dans tout le pays bégarrois où le climat se montre parfois capricieux.
  • Fontaine miraculeuse : à quelques mètres, une fontaine de dévotion alimentait autrefois les pèlerins, notamment lors du pardon annuel, le 10 août, toujours fêté aujourd’hui.

On dit qu’en 1795, un groupe de chouans, traqués par des soldats républicains, trouva refuge aux abords du sanctuaire, profitant du relief rocheux et des bosquets alentour. Depuis, certains habitants affirment que la source guérit les brûlures légères et protège ceux qui “gardent la foi”.

La vallée du Jaudy : entre nature, sentiers et patrimoine paysan

Ici, la campagne n’est jamais monotone : le fleuve Jaudy, long de 42 km, traverse la commune, offrant une mosaïque de paysages et de points de vue saisissants, surtout entre mars et juin, lorsque la hêtraie et l’aulnaie rivalisent d’un vert éclatant. Plusieurs balades permettent de s’immerger dans cette vallée encore préservée :

  • Circuit de la vallée du Jaudy (6 km, balisé jaune-vert) : facile, il relie le bourg à l’ancienne minoterie de Saint-Laurent, vestige du XIX siècle. Quelques panneaux d’interprétation racontent la vie du moulin, longtemps moteur de la vie locale.
  • Le pont du Jaudy (route de Langoat) : ouvrage modeste, mais témoin de l’ingénierie rurale d’autrefois. À ses abords, on peut repérer le martin-pêcheur, les traces de loutres et, avec un peu de chance, entendre le cri du cincle plongeur.
  • Bocage trégorrois : Les linéaires bocagers (haies vives, talus, chemins creux) couvrent plus de 80 km à Saint-Laurent selon l'Association Bretagne Vivante. Une richesse écologique précieuse, inscrite dans les programmes de sauvegarde nationaux (bocage.bzh).

Astuce d’amoureux du coin : certains sentiers, eux, ne figurent pas sur les topoguides et sont entretenus par les bénévoles de l’association Les Amis de la Vallée du Jaudy. N’hésitez pas à les solliciter pour des balades accompagnées, particulièrement lors des jeux de piste organisés l’été.

Le patrimoine oublié : fontaines, croix et calvaires

Plusieurs petits trésors parsèment le paysage de Saint-Laurent, témoignant d’une piété populaire et d’un savoir-faire de tailleurs de pierre :

  • La fontaine Saint-Laurent évoquée plus haut, mais aussi la discrète fontaine Saint-Léry, cachée dans un sous-bois. Elle fut jadis réputée pour “guérir les fièvres” ; d’ailleurs, lors de travaux de restauration en 1987, on retrouva des ex-voto en zinc.
  • Le calvaire de Keranguern, daté du XVII siècle, œuvre de granit local, posée devant une ancienne ferme. Détail amusant, un petit lézard est sculpté à la base, clin d’œil du tailleur à la faune du bocage.
  • La croix de Pen ar Ru : près du carrefour du même nom, elle signale l’ancienne limite des terres paroissiales et servait de point de ralliement pour les processions.

Il ne faut pas manquer, sur le chemin du Jaudy, quelques pierres gravées à demi englouties par la mousse : elles rappellent, selon l’architecte du patrimoine Hervé Floc’h (recensement DRAC Bretagne), l’existence de vieux chemins de pèlerinage reliant les enclos de Bégard, Trézélan et Runan.

Nature et balades : forêts, faune et “petits coins secrets”

La commune est riche d’un petit massif forestier appelé le bois de Roscoat, en bordure Sud. Sur une vingtaine d’hectares, on y trouve, au fil des décennies, la fameuse digitale pourpre, une colonie de chevreuils, et, depuis les comptages réalisés en 2019 par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), pas moins de 23 espèces d’oiseaux nicheurs, dont le pic épeiche et la chouette hulotte.

Parmi les balades “coup de cœur”, trois sites méritent le détour :

  1. Le chemin des sources : court mais plein de surprises, il longe une zone humide où poussent, à partir de juillet, les rares orchidées Dactylorhiza incarnata.
  2. La lande de Kerbréon — tapissée de bruyère et d’ajoncs, elle héberge plusieurs menhirs couchés, documentés lors des fouilles menées en 1993 par l’INRAP.
  3. L’étang d’Enez Eog — propriété communale, il sert de refuge à plusieurs espèces d’amphibiens protégés. Un ponton en bois permet d’observer discrètement grenouilles, libellules et, à la tombée du soir, de superbes chauves-souris pipistrelles.

Pour préserver ces écosystèmes, la commune, épaulée par le syndicat du Jaudy, a mis en place, dès 2008, une gestion différenciée des espaces verts — fauchage tardif, éco-pâturage par des brebis bretonnes pie-noires — saluée comme modèle en Pays de Bégard (source : Ouest-France, 12/09/2011).

Couleurs locales : fêtes, artisans et initiatives durables

Au-delà de ses pierres et de ses ardoises, Saint-Laurent se distingue par une vitalité associative qui fait le sel de la vie rurale :

  • Fête du Four à pain (dernier week-end de juin) : dans l’ancien hameau du Dourdu, les habitants redonnent vie à un ancien four banal, pétrissent, cuisent à l’ancienne et partagent “le pain des voisins”. Des groupes de musique trégorroise font danser jusque tard sur la place.
  • Atelier Céramique de la Vallée, installée dans une longère, propose des stages de modelage et accueille chaque printemps une exposition d’art floral inspirée des motifs bretons (en collaboration avec les élèves du lycée horticole de Pommerit-Jaudy).
  • Marché de producteurs : certains jeudis en saison, à deux pas de la chapelle, des producteurs locaux vendent fromages fermiers, miel, cidre du pays et pains cuits sur place. L’occasion de goûter le fameux “krampouezh”, crêpe de blé noir gourmande, typique du Trégor.

Saint-Laurent abrite aussi une petite “bibliothèque de rue”, initiative solidaire où chacun peut déposer ou emprunter librement des ouvrages — une façon de révéler, à hauteur d’enfants, le sens de l’accueil de la commune.

Arpenter Saint-Laurent autrement : conseils de visite

  • Période idéale ? Entre mai et septembre pour profiter des fêtes, mais le bourg a du charme toute l’année, et offre, en automne-hiver, de superbes paysages brumeux.
  • Où se garer ? Petit parking à proximité de la chapelle. Accès facile pour la plupart des circuits pédestres.
  • Idées pour les familles : chasse au trésor organisée l’été par la mairie, balade contée lors des Journées du Patrimoine (mi-septembre), observation d’animaux au bord de l’étang.
  • Guide local ou association patrimoniale : contacter l’office de tourisme Guingamp-Baie de Paimpol ou l’association des Amis de la Vallée du Jaudy (réservations conseillées pour certains événements).

Oser la rencontre : Saint-Laurent, un village qui se raconte

À Saint-Laurent, le patrimoine se visite, mais c’est souvent au détour d’un chemin, d’un marché ou sur un banc devant la chapelle que l’on en saisit tout l’esprit. La mémoire des anciens, les fêtes simples, la transmission des gestes anciens — tout invite à ralentir, à prendre le temps d’écouter ces histoires que recèlent les pierres et les arbres. Flâner dans ce village, c’est vivre au rythme d’une Bretagne authentique, tissée de liens humains et de nature préservée.

Pourquoi ne pas s’aventurer hors du sentier battu, lever les yeux dans la nef silencieuse, laisser le Jaudy fredonner sa chanson entre deux haies, ou goûter un pain tout juste sorti du four ? Saint-Laurent n’attend que votre curiosité pour révéler ses plus beaux secrets.

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